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Dimanche 22 mars

Ensemble vocal féminin In Via

De Hildegard von Bingen au Palais des Papes

Marie-Hélène Perruchoud, Marie-Pascale Goy, Claire Chavanne, Laurence Calame Brun, Claire-Lise Meister Marmier, Anne-Catherine Lador, Claudia Gæmperle, Nicole Hostettler, Monique Assal
Conseiller musical : Patrice Balter

Programme

HILDEGARD VON BINGEN (1098 – 1179)

MANUSCRITS D’APT ET D’IVREA (AVIGNON, XIVE S.)

H. von Bingen  : O Rubor Sanguinis

ms. Apt : Kyrie O Sacra Virgo Beata

H. von Bingen : O Orzchis Ecclesia

H. von Bingen : O Splendidissima Gemma

ms. Ivrea : Gloria Clemens Deus Artifex

ms. Apt : Sanctus dit de Tapissier

De Hildegard von Bingen
aux manuscrits d’Apt et Ivrea

L’originalité de ce nouveau concert est la confrontation de deux univers sonores. D’un côté les monodies de Hildegard von Bingen du XIIe siècle, de l’autre les polyphonies chantées au Palais des papes en Avignon au XIVe siècle. Monodies écrites pour des femmes face à des polyphonies écrites pour des hommes. Le chant de Hildegard, très intérieur, quasi mystique, et celui de la chapelle papale, somptueux, virtuose, reflétant la grandeur affichée d’une cour nouvellement installée en Avignon.

Qu’il s’agisse de l’abbaye fondée par Hildegard ou de la cour avignonnaise du pape Clément VI, ces deux personnages sont résolument ouverts sur leur monde, à la pointe de leur époque ; Hildegard correspondait avec les grands de la chrétienté (Abélard, l’empereur Frédéric Barberousse, le pape Eugène III, Bernard de Clairvaux) tandis que Clément VI fut surnommé Le Magnifique, pour avoir établi un riche mécénat en faveur des arts contemporains.

Hildegard est la première compositrice/poète identifiée de l’histoire, elle invente (elle-même parle de visions qu’elle reçoit) un art vocal nouveau : jamais jusqu’alors la voix humaine n’avait eu la possibilité de telles échappées dans l’aigu et de descentes dans le grave, de chanter de longues phrases lyriques, de suivre au plus près le poème -dont elle-même est l’auteure- de la manière la plus expressive.

Deux siècles plus tard, à la chapelle des papes, c’est une effervescence musicale sans précédent, les meilleurs chanteurs de France et d’Italie se retrouvent là, attirés par cette musique nouvelle qu’on appellera l’Ars Nova et aussi par la possibilité d’emplois prestigieux (les grands chantres prennent leurs repas à la table du pape !). Ce nouveau style vient de Paris mais c’est à Avignon que se développent de nouvelles polyphonies qui multiplient les textes superposés, les rythmes complexes, véritables joutes de sons qui se tuilent, se superposent, se renvoient en imitations, en échos… De même qu’on parle de style flamboyant pour l’architecture de l’époque on peut également qualifier les polyphonies d’Avignon de flamboyantes.

Au travers de ces deux univers sonores, on entendra des musiques sacrées littéralement inouïes, un ruissellement sonore que peu d’époques musicales ont su égaler.