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L’église St-Vincent, berceau de la région

Montreux, à proprement parler, est une entité très récente, une création du tourisme.
Un coup d'œil aux gravures du XIXe siècle nous montre une rive vierge de Clarens jusqu'à Chillon.
Les méfaits architecturaux et urbanistiques, dans cette région au microclimat idyllique, sont étroitement liés à l'exploitation frénétique d'un terrain rare au pied d'abruptes montagnes.
Jean-Jacques Rousseau, qui fut l'hôte privilégié de la région alors appelée Montreux et qui en a loué l'image bucolique, serait sans doute plus réservé aujourd'hui.

Toujours est-il qu'un jour, il y a très très longtemps, des moines jetèrent leur dévolu sur un rocher de tuf qui surplombait le lac et seul passage possible d'est en ouest (et réciproquement) et y édifièrent leur "monasterium" (monastère), mot qui, de contractions en modifications successives, devint au fil du temps "Montreux", nom donné à toute cette région peuplée alors de hameaux et villages dont les montreusien-ne-s d'aujourd'hui se revendiquent encore:
On est de Chêne ou de Vernex, des Planches, du Châtelard ou des Vuarennes.

Ce rocher de tuf garde une trace très précise de cette première implantation:
L'Eglise dédiée à St-Vincent, patron des vignerons, en épouse si étroitement la configuration qu'elle s'articule sur trois axes: Chœur orienté, nef et porche d'entrée.
Les matériaux sont eux témoins des aléas politiques et pécuniaires auxquels durent faire face les générations successives (si l'on ose dire) des religieux, édificateurs du lieu de culte:
Molasse et tuf semblent se disputer la prééminence, selon qu'on avait ou non les moyens de faire carroyer de loin les blocs de pierres plus rares dans la région immédiate.
Le tuf se trouvait sur place!

Cette contrainte, probablement désagréable à l'époque, nous vaut aujourd'hui cette particularité qui fait le charme de St-Vincent, où candeur et grandeur sont étroitement mêlées.

Mais, à St-Vincent, on ne sait jamais s'il faut entrer ou sortir, tant la beauté des lieux s'exprime urbi et orbi!
La terrasse quel que soit le temps, à elle seule, est une perfection de simplicité naturelle.
Elle domine, si l'on a l'œil un tantinet sélectif, un cadre d'une beauté incomparable.
Tout le Haut-lac est offert au regard avec ses accès d'humeur imprévisibles.
On y voit un chat: tantôt létal, repu et paresseux, tantôt l'échine agitée de frémissements nerveux, mais on l'a aussi vu se soulever jusqu'aux cieux en de dures colonnes érigées pour détruire.